Philip K. Dick
Schizophrenia & the Book of Changes, paru dans Niekas, n° 11, mars 1965
Traduction d’Emmanuel Jouanne, révisée
Dans de nombreuses espèces de formes de vie comme chez les animaux de pâture, un individu nouveau-né est plus ou moins projeté au sein du koinos kosmos (l’univers collectif) immédiatement. Pour un agneau ou un poney, l’idios kosmos (l’univers personnel) disparaît la première fois que la lumière lui frappe les yeux — mais un enfant humain, à la naissance, dispose encore de quelques années d’une sorte d’existence semi-réelle devant lui : semi-réelle au sens où, jusqu’à ce qu’il ait quinze ou seize ans, il demeure capable, dans une certaine mesure, de rester pas tout à fait né, pas tout à fait indépendant ; des fragments de l’idios kosmos subsistent, et ni tout ni même partie du koinos kosmos ne se sont encore imposés à lui.
Le fardeau du koinos kosmos ne pèse pas avant ce à quoi l’on se réfère délicieusement comme étant les coups de « la maturité psychosexuelle », ce qui renvoie à ces temps bénis où, dans les classes supérieures, l’on demande à cette jolie fille de la rangée de devant si elle aimerait prendre un soda après les cours, et où elle dit NON. C’est ça. Le koinos kosmos s’est ancré. Préparez-vous, jeune homme, à un long hiver. Bien plus — et bien pis — vous attend.
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