Ruffini Rosaria, “Croire sur scène : Les acteurs Yoshi Oida et Sotigui Kouyaté face au sacré dans le théâtre de Peter Brook” dans Horizons / Théâtre (dir.), Ethnoscénologie : les incarnations de l’imaginaire, Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, 2014, pp. 145-152.
Résumé
Dans la plupart de ses mises en scène liées au « théâtre sacré », Peter Brook fait appel à deux remarquables acteurs : Yoshi Oida et Sotigui Kouyaté. Les deux comédiens, originaires de deux mondes apparemment distants (l’un japonais, l’autre africain), partagent une approche presque spirituelle à la scène, conçue comme une véritable pratique libératrice nécessairement liée à un chemin spirituel. Élevés dans un univers de rituels et de cérémonies, ils sont capables de concrétiser en images la dimension du sacré. Ils rendent visible l’invisible, sans jouer, ni représenter : ils croient et ils deviennent. Leur praxis du jeu se base sur le recours à la foi. Cette notion de jeu nie la fiction scénique et entraîne un processus de transformation. Le miracle de l’incarnation de l’invisible, tant recherché par Brook, passe à travers la force de leur foi.
Matti Nathalie, “Être Acteur en Iran : L’héritage philosophique irano-islamique et la mise en présence de l’invisible” dans Horizons / Théâtre (dir.), Ethnoscénologie : les incarnations de l’imaginaire, Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, 2014, pp. 111-118.
Résumé de l’article
Il s’agit ici d’appréhender l’un des paradigmes qui, au sein de la culture irano-islamique, nourrit aujourd’hui l’espace de création artistique iranien. C’est à travers la notion d’imagination créatrice analysée par Henri Corbin que certaines clefs de compréhension semblent apparaître permettant de mettre à jour un rapport au monde dans lequel l’imaginal peut être conçu comme un sens supplémentaire qui met en jeu l’invisible comme un élément du réel. Héritiers de ce rapport au monde dans lequel l’imagination donne accès à une autre dimension de la réalité, les comédiens iraniens ont à leur portée un outil qui permet de mettre le spectateur en présence de l’invisible, et qui ouvre les possibles de ce que nous appelons « la représentation ». Le théâtre contemporain iranien se fait l’écho de cette aptitude à capter autre chose que le communément visible, tendant à la construction d’un espace intérieur dans lequel acteurs et spectateurs sont transportés, bien au-delà des omniprésentes questions de censure et de ce qui peut, ou non, être représenté.